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PERSONNALITÉS

Sharon Alexie sur l'art et l'identité

"J'ai commencé à peindre ma propre réalité, pas seulement la version que le monde veut voir". Modèle, artiste et activiste : Sharon Alexie discute la recherche de soi, son processus créatif et l'importance de s'exprimer.

 

Sharon porte un blazer et un top COS.

"J'essaie de peindre les sentiments humains – les mots que nous ne pouvons pas nécessairement dire à voix haute, mais que nous pouvons lire sur les visages des gens".

Un autoportrait inachevé. Une conversation de 1971 entre Nikki Giovanni et James Baldwin. Une série de photographies d'enfance. Ce ne sont là que quelques-unes des références que vous trouverez sur la page Instagram de Sharon Alexie. Le mannequin et artiste a le don de collectionner le poignant, des moments intimes et de les présenter à travers un objectif parfaitement non filtré pour ses quelques 400'000 followers – et ce n'est pas fini.​

Ayant grandi à Reims, une ville à prédominance blanche au nord-est de Paris, Sharon n'avait jamais prévu qu'elle travaillerait avec les plus grands noms de l'industrie de la mode dès l'âge de 18 ans. Mais il s'est avéré qu'une carrière de mannequin en plein essor n'était qu'un avant-goût de ce qui allait suivre. Faisant partie d'une génération Insta de plus en plus polyvalente, elle s'est créée une audience dévouée grâce à ses peinture à l'huile émouvantes et saisissantes, à ses conversations ouvertes et à ses commentaires réfléchis sur le mouvement antiraciste en France.

Après le tournage de la campagne Automne-Hiver 2020, nous avons parlé avec Sharon de son parcours jusqu'à présent, et du rôle de l'art et de l'identité dans le monde actuel en constante évolution.​

SUR L'ART​
​"Je vis du mannequinat. Mais je tiens à me forger une carrière dans les milieux de l'art et du design. J'ai toujours été intéressée par la créativité. J'ai étudié l'histoire de l'art quand j'étais au lycée, mais je n'ai jamais pensé que je savais peindre. Plus jeune, je voulais devenir créatrice de mode, et pour ma candidature, je devais préparer un portfolio. Je n'avais que quatre mois pour apprendre à coudre, mais je l'ai fait ! Je suis allée à l'école, et même si je suis partie après quelques cours, je n'ai jamais cessé de peindre et de dessiner. Maintenant, c'est ma passion".

SUR SON PROCESSUS DE CRÉATION
"Lorsque je peins, je suis à la recherche de moi-même et je raconte au monde ce voyage intérieur. Je partage beaucoup de travaux inachevés sur Instagram afin de laisser transparaître mon identité encore en construction. Comme j'ai commencé à mieux connaître mes origines camerounaises, ma peinture a commencé à changer. J'ai commencé à peindre ma propre réalité, pas uniquement la version que le monde européen ou occidental veut voir. Bien que je sois confrontée à des dualités complexes dans le cadre de mon travail, je me concentre aussi sur la simplicité. Je peins des gens qui me ressemblent, ma famille et mes amis. J'essaie de représenter les sentiments humains – les mots que nous ne pouvons pas nécessairement exprimer à voix haute mais que nous pouvons lire sur les visages des gens".

SUR L'IDENTITÉ​
"L'identité est ce qui vous rend unique. Je peins la culture occidentale parce qu'elle représente ma réalité, mais je suis aussi influencée par mon héritage africain. Je tiens à créer un lien avec la diaspora à travers mon travail et montrer les forces culturelles présentes dans notre communauté par le biais de ces deux perspectives mondiales. Du moins, c'est ce que je pense actuellement – c'est toujours en évolution. Il est difficile pour moi d'utiliser un seul moyen afin d'exprimer ma vision, mes sentiments et mes convictions. Parfois, je les écris à la place ou partage des références avec ceux qui savent mieux les communiquer".

 

Sharon porte un top tricoté et une robe COS.

​"Je me considère biraciale. À mes yeux, il est important que notre communauté noire et biraciale vivant en Occident apprenne d'avantage sur ses origines africaines. Je sais à quel point il peut être douloureux de ressentir le vide identitaire lorsque l'on vit dans un pays qui fonctionne selon des systèmes largement racistes, tout en se cachant derrière l'universalisme. Grandir à Reims m'a appris l'importance de s'entourer d'amis proches et combien il est essentiel de se sentir représenté(e) dans le monde - surtout si vous êtes noir(e) ou biracial(e)".

SUR LE STYLE​
​"La mode m'a toujours fascinée. J'adore que l'on puisse se réinventer, ou utiliser des vêtements afin d'exposer ou dissimuler des parties de soi. Je ne suis pas encore à mon apogée en termes de style, mais j'apprécie la structure, les détails simples mais beaux, et l'élément de surprise... Je me sens plus à l'aise dans des couleurs neutres et dans des silhouettes architecturales, mais j'aime aussi les pièces qui intriguent parce qu'elles reflètent ce que je suis – je suis très timide, mais j'ai des choses à dire".

​LES NOMS À CONNAÎTRE
​"Les icônes noires comme James Baldwin, Nina Simone et Kwame Nkrumah m'inspirent. À l'heure actuelle, Devin Johnson, Sophia Yemisi Adeyemo Ross, Julian Adon Alexander, Richard Ayodeji Ikhide et tant d'autres – ces artistes, activistes et intellectuels continuent à soulever l'importance de s'exprimer. Toute personne noire ou biraciale ayant dû se déconstruire afin de se reconstruire est plus consciente de l'importance des mots et de la façon dont ils nous apprennent à mieux vivre, à mieux se battre et à mieux s'aimer".​

"Selon moi, un avenir meilleur signifie que nous devons donner plus de voix aux jeunes et travailler à une analyse plus juste de l'histoire".

À L'AVENIR​
​"Je crois que l'art peut jouer un rôle monumental dans la politique d'aujourd'hui. L'art a toujours été étroitement lié à la politique. Même si cela ne semble pas être le cas en apparence, la peinture ou le dessin finit toujours par révéler un aspect des situations sociales, que cela soit intentionnellement ou de manière générale. Pour moi, l'art a un rôle à jouer dans la société lorsqu'il occupe une position forte et met en évidence ce que nous essayons de dissimuler.​

​À mes yeux, un avenir meilleur signifie beaucoup de choses quand on y réfléchit à l'échelle globale. C'est une question d'égalité, d'équité et de respect, de dignité, de repos et de paix... Il y a trop de choses à mentionner mais je sais qu'afin de mieux les comprendre, nous devons donner plus de poids à la voix des jeunes, les écouter sincèrement et travailler à une analyse plus juste de l'histoire".​

L'AMOUR DE SOI
"Prenez votre temps et écoutez-vous. Essayez de vous imaginer comme un tout et de vous demander : suis-je une réaction à quelque chose ? Parfois, ces réponses peuvent amener de nouvelles souffrances. Il est douloureux de réaliser que nous vivons dans une réalité qui n'est pas celle désirée. Mais il importe de rechercher son identité, de faire des erreurs et de questionner. Vous êtes votre propre motivation. C'est ma réponse pour le moment, mais j'ai plus à dire, tellement plus..."​

​Sharon Alexie (@flammedepigalle) porte la collection COS Automne-Hiver. Photographie par Jack Davison. Stylisme par Clare Richardson.

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