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PERSONNALITÉS

Isaac Hernández sur le pouvoir de la danse

Depuis son jardin jusqu'au Bolchoï : le premier danseur du English National Ballet invite à rêver en grand, à démocratiser les arts et dévoile ses perspectives d'avenir.

 

Isaac porte un top et un pantalon COS.

"Découvrir la danse classique fut un moment libérateur. Elle a commencé à occuper une place particulière dans mon esprit, dans mon coeur et dans mes émotions... Je continuais à poursuivre cette sensation."

Premier danseur du English National Ballet, Isaac Hernández est à lui seul un monde de contes de fées – qu'il joue Roméo dans le 'Roméo & Juliette' de Nureyev ou le protagoniste de sa propre histoire d'ascension sociale, apprenant la danse classique à l'âge de huit ans au fond de son jardin à Guadalajara, au Mexique.

En plus de ses exploits personnels, il est le représentant d'une nouvelle génération utilisant leur statut afin d'inspirer les autres, d'aider les jeunes au Mexique à réaliser leurs rêves de carrière artistique grâce à des programmes tels que Despertares, le gala international de danse cofondé avec son frère et sa soeur.

Nous avons rencontré Isaac après la séance photo pour la campagne de la collection COS Automne-Hiver 2020 afin de parler de son incroyable parcours et de découvrir ce que le futur réserve à l'une des plus grandes stars de danse classique.

SON ENFANCE
J'ai commencé à danser dans le jardin de ma maison avec mes frères et soeurs, notre père était le professeur. J'ai toujours su que je voulais devenir un danseur. J'y ai vu une véritable chance, non seulement de créer des opportunités pour moi-même et ma famille, mais j'ai aussi réalisé que c'était une chose très rare de danser au Mexique, où la danse classique et l'art se pratiquent pendant quelques temps, mais ensuite il faut en sortir et trouver un "vrai" travail. Voici un dicton mexicain très célèbre à ce sujet : "Si vous êtes un artiste, vous perdez non seulement votre temps mais vous allez aussi mourir de faim". J'ai immédiatement voulu changer cette perception. Je tenais à ce que les gens sachent que l'on peut vivre dignement grâce aux arts et qu'il vaut la peine de donner de son temps à quelque chose qui nous rend heureux et nous passionne.M'entraîner avec mon père m'a permis d'apprendre sans limites et de découvrir les choses par moi-même. Certains de mes moments préférés en tant que danseur datent de cette époque. J'avais en effet réussi mon premier tour de danse classique - un triple tour en l'air, un saut suivi de trois tours avant d'atterrir – et je me souviens que mon père avait couru auprès de ma mère et vers tous ceux qu'il pouvait trouver : "Viens voir ce qu'il vient de faire !".

 

Isaac porte une veste, un tricot et un pantalon COS.

MODIFIER LE RÉCIT
Quand j'ai commencé, il n'y avait aucun modèle pour les jeunes danseurs. Il était très difficile pour les gens de Guadalajara d'imaginer un jeune garçon de huit ans devenir danseur classique professionnel. On savait à peine à quoi ressembler un danseur, et encore moins quel était le rôle d'un danseur classique. Je pense que le plus grand des changements qui se soit produit depuis mes débuts est que les parents au Mexique aient assisté au succès de mon histoire et ont désormais le sentiment que si leurs enfants veulent dédier leur vie à quelque chose de similaire, alors ils ont une chance.

SES RÉUSSITES
Gagner le prix Benois de la Danse a changé énormément, non seulement pour moi, mais pour mon pays. C'est un cadeau pour tout le travail accompli depuis le temps passé dans mon jardin jusqu'à ce moment sur la scène du Bolshoï. En tant qu'individu, la plus grande satisfaction jamais éprouvée a été lorsque je suis retourné au Mexique afin de travailler sur le projet Despertares, et voir des milliers de personnes de différentes classes sociales, de divers milieux et âges venir assister aux performances. Nous avons réussi à créer plus d'opportunités et d'égalités pour les danseurs – qu'il s'agisse de l'accès aux bourses d'études à l'étranger ou à la formation professionnelle à partir d'un jeune âge.


LA LIBERTÉ
Découvrir la danse classique a été un moment libérateur. Je n'avais jamais ressenti cela. Dans un premier temps, je voyais la danse classique comme un moyen de tester les limites de mon corps : sauter plus haut, faire plus de tours, devenir plus fort. Ce n'est quelques années plus tard que je suis réellement tombé amoureux de cette forme d'art. Il a commencé à occuper dans mon esprit, dans mon coeur et dans mes émotions un espace auquel je ne pouvais accéder que lorsque j'étais sur scène. J'ai continué à poursuivre ce sentiment de liberté dès que l'occasion se présentait.

SURMONTER LES DÉFIS
Quand j'avais quinze ans, je me suis blessé et on m'a dit que je ne pourrais plus danser. Apprendre que je ne pourrais plus pratiquer ce qui me rend heureux et fait désormais partie de mon identité m'a énormément frustré et déprimé. Je tenais à terminer ma carrière selon mes propres conditions, et non sur l'ordre de médecins. Alors je me suis remis en forme. Je fais face aux challenges et les surmonte d'une manière très particulière. J'ai développé une force grâce aux moments difficiles vécus.

TRAVAILLER DUR
À mes yeux, l'ingrédient principal d'une carrière réussie est le besoin et la volonté de ne jamais cesser d'apprendre. Jeunes, nous espérons toujours que quelque chose d'extraordinaire se produise de nulle part, sans avoir besoin de travailler ! Ce n'est pas la meilleure approche. C'est la joie du travail quotidien et celle de surmonter les obstacles de tous les jours qui font que la vie vaut la peine d'être vécue en fin de compte. C'est ce qui me motive.

"Vous pouvez vivre dignement des arts en faisant quelque chose qui vous rende heureux et passionnés."

L'ÉCO-RESPONSABILITÉ
Lorsque j'ai participé à la campagne de Greenpeace 'Protect the Oceans' dans le Triangle des Bermudes, je pensais que nous allions trouver du plastique flottant ici et là, mais c'était incroyablement dévastateur de voir à quel point, dans certaines des réserves naturelles les plus reculées et protégées de cette région, le plastique était visible partout. Ce fut une expérience qui m'a ouvert les yeux et m'a changé pour le mieux. Il y a énormément de progrès à faire partout, de l'industrie de la mode à l'industrie alimentaire. Nous devons mieux penser et mieux consommer – ce n'est pas la responsabilité uniquement des grandes industries et compagnies. Nous devons tous nous reprogrammer et être plus conscients de nos efforts quotidiens, aussi au niveau individuel.

À L'AVENIR
Je suis une personne très optimiste et je crois au changement. Je tiens à ce que la danse classique continue à faire partie intégrante de notre vie culturelle au Mexique. C'est à nous de nous adapter, de surmonter nos craintes et incertitudes. Il faut que les gens s'accrochent à leur passion et préservent ce genre de feu vivant afin de surmonter les défis à relever.

Nous devrions toujours rechercher de nouvelles perspectives et différentes façons de voir. Rester constamment ouvert au changement, à la fois dans nos vies personnelles et dans la société, est fondamental afin de parvenir à un avenir meilleur. Il me semble que plus de personnes devraient partager cette volonté de poursuivre cette transformation afin de connaître un avenir meilleur.

Isaac Hernández (@chapulo7) porte la collection COS Automne-Hiver 2020.Photographe, Jack Davison. Styliste, Clare Richardson.

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