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PERSONNALITÉS

Au-delà des traditions : SOKO et la famille moderne

Alors qu’elle lance son T-shirt brodé Oh, To Be a Rainbow! en collaboration avec COS, la musicienne indie et actrice française s'exprime au sujet de la maternité, de l’amour queer et de la nécessité de se battre pour les droits des enfants trans.

SOKO porte un T-shirt COS.

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UNISEXE
UNISEXE
ÉDITION PRIDE 2022

Avec trois albums cultes, deux nominations aux César et "un humain de trois ans et demi à élever", SOKO (she/her), née à Bordeaux et basée à Los Angeles, collectionne les réussites. Lors de notre conversation avec la jeune femme de 36 ans dans sa maison de Highland Park, elle contemple son avenir et celui de son enfant, Indigo. "J'enregistre par intermittence", dit-elle, "mais j'essaie également de revenir potentiellement à Paris." Pour quelqu'un qui incarne la fille française cool vivant en Californie, ce potentiel déménagement est un choc. Pourquoi abandonnerait-t-elle un endroit dans lequel elle admet vouloir rester ? "La plupart de mon travail a toujours été à Paris", explique-t-elle. "Lorsque j'étais célibataire et pas encore parente, il était très facile de vivre à Los Angeles et de travailler à Paris, mais maintenant que j'ai un enfant et qu'il va à l'école, c'est beaucoup plus compliqué à Los Angeles."

Ainsi, après 14 ans aux États-Unis, SOKO se prépare à retrouver sa patrie. Elle montre une certaine appréhension quant à la façon dont une mère célibataire et queer échangera la LA libérale pour Paris, mais s'il existe bien une femme française ayant pousser au changement des valeurs, de la normalisation de l’amour, des relations et des familles lesbiennes, c’est SOKO. En tant que chanteuse, elle a toujours utilisé ses clips vidéo pour des morceaux comme Let Me Adore You pour partager des images intimes d’elle-même embrassant, câlinant et s’amusant avec ses partenaires du même sexe. Et au-delà de cela, elle s’est montrée caressant son beau baby bump nu et partageant un lit avec son amante et son enfant – des actes encore jugés choquants dans certains coins du monde.

"Pourquoi s'attendre uniquement à voir un homme et une femme s'embrasser ? Je trouve important de montrer à quoi ressemble la vie pour moi, et je l'espère pour d'autres."

Pour SOKO, il a toujours été essentiel d’utiliser le doux pouvoir de la musique, des vidéos et du cinéma pour peindre des formes d’amour non-cis-het. À ses yeux, la sexualité et le genre doivent être fluides. "Je suis homesexuelle. Lesbienne. Parfois, bi, mais surtout lesbienne et pan. Je suis queer. En fait, je ne me soucie pas vraiment du genre. En termes d'expérience de vie, il m'a été beaucoup plus facile d'avoir des partenariats avec des femmes ou des personnes s'identifiant comme telles. Mais cela ne veut pas dire que cela ne pourrait pas changer."

Alors qu'elle lance son T-shirt brodé édition spéciale Pride Oh, To Be a Rainbow!, nous discutons de la chanson l'ayant inspiré, de la lutte pour protéger les enfants trans et de l'importance d'histoire LGBTQIA+ dans les écoles.

SON HYMNE ALTERNATIF HOMOSEXUEL
Ce qui a inspiré le morceau Oh, To Be a Rainbow!, c'est que je voulais ma propre version d’un hymne homosexuel : quelque chose qui serait un bon rappel de tout ce qui constitue le spectre complet d’un arc-en-ciel. Une gamme complète d’émotions parce que les arcs-en-ciel sont faits de soleil et de pluie. Tout ce qui se trouve entre les deux est magique. Il s’agit d’accepter qui vous êtes et vos sentiments, d’accepter les bons et les mauvais jours et d’accepter que la magie vient d’un équilibre des deux. C’est la version queer et indie d’un hymne homosexuel qui n’est pas présent dans le monde de la pop. J'ai utilisé cette ligne comme source d'inspiration pour les T-shirts, ce qui m'a fait pensé : "Oh, j'aimerais faire des broderies en point de croix". Je voulais vraiment un style ancien, vintage, qu’il soit super lumineux, coloré, ludique et enfantin. Comme fait par ta grand-mère acceptant tous les queers. Je l'ai créé pour qu'un petit enfant y perçoive : 'Écoute, tu peux être qui tu veux'. C'était l'idée derrière sa création."

SES VIDÉOS AVANT-GARDISTES
Let Me Adore You a été partiellement filmé lorsque j'étais enceinte et avec mon ex-partenaire, Stella. Plus jeune, je n'avais pas de modèles similaires. Je n’en avais aucune idée. J'ai tout dû comprendre par moi-même. J'ai adoré lors de la sortie de cette vidéo recevoir autant de commentaires de personnes disant : 'C'est ce que je veux être'. Ou venant de plus jeunes : 'Je n'avais aucune idée que cela existait'. C’est pourquoi je n’ai pas peur de le montrer. Pourquoi s'attendre uniquement à voir un homme et une femme s'embrasser ? Je trouve important de montrer à quoi ressemble la vie pour moi, et j'espère pour d'autres personnes. Être transparente et normaliser ce à quoi ressemble ma vie."

NE PAS VRAIMENT FAIRE SON COMING OUT
"C’est arrivé de manière assez organique. J’ai toujours su que j'avais un petit béguin pour ma meilleure amie quand j’avais 10 ans. En ce qui concerne le coming out, il n’y avait aucune sensibilisation adressée aux homosexuel.le.s. Je ne savais pas ce que signifiait faire son coming out. Nous n’avons pas de mot pour cela en français. Donc, à ce moment-là, je n’avais aucune idée que je devais faire mon coming out ou révéler quelque chose. Je me souviens qu’un jour, ma mère, quand j’avais 19 ou 20 ans, m’avait dit : 'Hey, si tu as un petit ami, tu peux nous le présenter cet été'. Ce à quoi j'avais répondu : 'Ben, je n'ai pas de copain, mais une petite amie'. Ce à quoi elle avait répondu : 'Oh, eh bien, oui, invite-la'."

LES NOUVEAUX COMBATS DE LA PRIDE
"Je n’ai jamais vraiment participé à la Pride. Je n’aime vraiment pas les foules, alors une marche ou un festival de musique est mon cauchemar. Ça me rend vraiment anxieuse. Je participe à quelques marches et je prépare quelques pancartes, mais c'est plus en temps de crise absolue. Et je n'ai jamais créé de slogan comme : 'Allons à la Pride, amusons-nous et célébrons le fait que je sois homosexuelle !' Ce n'est pas mon idée de célébrer et de m'amuser. Mais il y aura toujours des combats à mener. Ce qui se passe actuellement envers les enfants trans aux États-Unis est fou. Ne pas enseigner l’histoire homosexuelle à l’école est fou. Que les endroits dans le monde soient encore si follement conservateurs et punissent les gens pour être ouverts sur leur genre ou leur sexualité, il y a encore du chemin à parcourir dans tant de domaines. Je me sens super privilégiée de ne pas aller en prison pour ce que je suis dans ce pays ou en France."

LES FAMILLES QUEER MODERNES
"La bonne chose concernant être parent en Californie est que vous ne pouvez jamais supposer qu'un homme et une femme soient ensemble, ou qu'un homme et une femme avec un enfant signifient qu'ils en sont la maman et le papa. En Californie, j'aime le fait que l'on ne vive pas en se basant sur l'hétéronormativité. J’aime cette liberté. J’aime ne pas être la seule parente queer de mon école et faire partie de cette communauté. Je me sens super acceptée et normale. Je redoute mon retour à Paris parce que quand je parle aux écoles là-bas, j’ai l’impression qu’elles sont encore un peu en retard. Parce qu'en général LA est si inclusive et soutient toutes sortes de familles. Je n'ai pas beaucoup de difficultés à être une maman queer ici. Je suis très chanceuse d'avoir trouvé une excellente communauté dans un établissement d'Indigo très mignon, minuscule, végétalien et organique, qui porte sur le féminisme et l'inclusion. L'autre jour, Indigo est revenu de l'école en disant : "Maman, tu connais les trois R ?" Je lui ai demandé : "Qu'est-ce que c'est ?" Il m'a expliqué : "Réduire, Réutiliser, Recycler".  

"En Californie, j'aime le fait que l'on ne vive pas en se basant sur l'hétéronormativité. J’aime cette liberté."

5 MINUTES DE QUESTIONS

Quelle serait votre chanson de l'été ?
"Indigo et moi, nous avons une playlist 'good vibes only' que nous écoutons tous les matins. Nous nous réveillons et écoutons Parcels, un groupe australien basé à Berlin. Leur musique me rend super heureuse."

Quels seraient vos vacances d'été parfaites ?
"Le Costa Rica. J’adore la jungle. La pluie tropicale. Les singes. Les plages. Les fruits tropicaux. Les paresseux. J'aime tout ça."

Et quel serait votre livre de vacances ?
"Probablement un livre d'auto-assistance sur comment être un excellent parent, une bonne personne ou surmonter certains défis. Je suis en train de lire un livre intitulé Reclaiming Pleasure. C'est un guide à caractère sexuel pour passer par-dessus le traumatisme sexuel et vivre une vie passionnée."

Le meilleur moment de festival d’été que vous ayez jamais vécu ?
“Mon meilleur souvenir à un festival est probablement, il y a quelques années, quand je suis allée voir Radiohead, mon groupe préféré au monde, jouer un set parfait à Coachella."

Quel est votre style ?
"Les shorts baggy et les T-shirts vintage oversize. Avec des chaussettes et sandales."

Interview par Stuart Brumfitt
Photographie par Collier Schorr
Styling par Esther Matilla

VISIONNER LA VIDÉO
COS présente "And that’s okay", un poème de Kai-Isaiah Jamal, écrit exclusivement pour l'édition spéciale Pride.


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