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PERSONNALITÉS

Repenser le futur de l'éco-responsabilité avec Janaya Future Khan​

Dans notre entretien exclusif, l'activiste et enseignant en pratique sociale noir, queer et non binaire ​explique l'importance de promouvoir la vérité et de repenser l'avenir de l'éco-responsabilité.​

 

Janaya porte un gilet, un pantalon et des chaussures COS.

​"L'éco-responsabilité concerne le climat, mais c'est aussi en quelque sorte une métaphore," nous explique​​ ​​Janaya Future Khan (they/​their), activiste, boxeur et enseignant en justice sociale noir, queer et non binaire depuis sa ville d'adoption Los Angeles. "Nous devons renouveler notre énergie et nous concentrer sur les choses qui comptent, comme la justice climatique, mais aussi raciale. Repensez à l'année dernière : partout dans le monde, on croyait à cette prise de conscience raciale et que tout en Amérique – et par conséquent dans le monde – allait changer. Et nous voilà, une année plus tard, et pas grand chose n'a changé."​

Janaya s'est battu au nom du changement en co-créant Black Lives Matter Canada et anciennement en tant que responsable du programme de Color of Change. Janaya s'adresse désormais directement à ses 315'000 followers sur Instagram, utilisant sa plateforme personnelle en pleine croissance pour aborder les thèmes de transformation sociale, de justice et d'égalité dans Sunday Sermon.

"Sunday Sermon est né car, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes se demandaient quoi faire. Mon espoir, avec Sunday Sermon et tous les autres projets sur lesquels je travaille, est de ramener les gens à cette question de but.'' Découvrez avec Janaya comment poser les bonnes questions, promouvoir la vérité et sa vision du style.​

​​"​Il doit bien exister un moyen de rendre la mode accessible à tous, tout en changeant son impact sur la planète."

PRÊTER ATTENTION
​"Les gens se demandent souvent : 'Que puis-je faire ?'. En ce qui concerne le changement et la justice climatiques, c'est l'une des interrogations les plus difficiles, car généralement la réponse immédiate qu'elle provoque est l'ignorance. Mais il est toujours bon de commencer par des questions, qui sont ensuite censées guider notre chemin de pensée ailleurs. Il n'est pas nécessaire d'être un scientifique pour faire face au changement climatique, ou faire pression sur les gouvernements pour qu'ils remplissent leur devoir, ou contrer cette crise humaine inévitable où des personnes dans le monde entier ont besoin de nouvelles ressources et de nouveaux logements. Lorsque nous entendons parler de changement ou de justice climatiques et d'​éco-responsabilité​, nous pensons à quelque chose de nature scientifique ou en dehors de nos vies et de notre pouvoir. L'énergie qui entoure notre planète est en nous, nous l'émettons, nous la vivons, nous la régénérons. La vouer à défendre une cause mène toujours à un retour vers soi, vers la communauté et vers l'environnement. C'est très simple : il s'agit de prêter attention. Il n'est pas nécessaire d'être expert en sciences sociales pour comprendre le racisme, il suffit d'être attentif."​

DIRE LA VÉRITÉ
"Ce que j'ai appris dans mon travail, c'est qu'au final tout le monde se soucie réellement de la situation actuelle. Les organisateurs, les artistes, les responsables de communication, les plates-formes médiatiques et même les maisons de mode ont la responsabilité de communiquer ce qu'ils savent être vrai au public, de partager cette vérité avec l'individu. Toutes ces maisons de mode et grandes entreprises technologiques fonctionnent grâce à des groupes de personnes. Notre devoir est de tenter de rapprocher ces personnes de la justice, pour qu'ensuite, et par extension, notre société s'en rapproche également. Si nous en savons plus – auteurs et artistes – nous devons absolument rendre cette vérité publique. La culture fait évoluer les sociétés. Lorsque des changements culturels se produisent, tout est possible."

 

 

 

Janaya porte une chemise et un patalon et une ceinture COS.

 

 

LE CLIMAT ET LA JUSTICE RACIALE
"Cela fait 12 à 15 ans que je milite, soit la moitié de ma vie. Je me concentre principalement sur les classes sociales, le genre et le racisme. Durant mon enfance, la justice climatique était complètement différente. Il n'y avait pas beaucoup d'infrastructures qui lui étaient consacrées. J'ai cependant assisté au changement de ce modèle. Au début, il était inaccessible. C'était très élitiste. Très blanc. Il y avait des défis rudimentaires à relever : "Vous parlez de recyclage alors que ces gens essaient littéralement de manger". Aujourd'hui, je pense qu'elle a évolué et que beaucoup d'experts raciaux ont infiltré ces mouvements de justice climatique pour démontrer que le racisme est un problème de justice environnementale. Ce n'est pas une coïncidence que les personnes les plus touchées soient de couleur et noires. Des personnes pauvres, n'est-ce pas ? Des personnes avec moins de ressources."

LA MODE ÉCO-RESPONSABLE
"Je me souviens qu'à une certaine époque, si vous n'aviez pas beaucoup d'argent, c'était impossible d'être à la mode. Mais cela a changé. J'ai un minimum d'argent aujourd'hui, j'ai les moyens désormais de m'acheter ce qui est à la mode, certes, qui reste une réplique de ce qu'offrent ces grandes maisons, mais cela m'aide déjà à me sentir mieux. C'est vraiment un sentiment génial et tellement agréable, mais pouvons-nous y parvenir sans causer autant de dégâts à notre planète ? Il faut maintenir l'accessibilité et traiter les problèmes qui gravitent autour de l'éco-responsabilité, tout ce qui est nuisible. Je crois que nous en sommes capables. Notre gouvernement doit simplement apporter plus d'importance aux scientifiques, aux experts en éco-responsabilité et aux militants de la justice climatique pour leur permettre de collaborer avec plus d'envergure. Il doit bien y avoir un moyen de rendre la mode accessible à tous, tout en changeant son impact sur la planète. Il y avait la mode avant la fast-fashion. Les gens étaient à la mode, qu'ils aient ou non de l'argent. Le style, c'est la façon dont vous portez vos vêtements."

DES LOOKS SIGNATURE
"J'adore adapter les vêtements masculins pour qu'ils me conviennent. L'homme générique mesure 1m85 ; je mesure 1m75 donc je stylise ces vêtements oversize pour qu'ils m'aillent. J'adore les ​chemises boutonnées surdimensionnées ​ mais je ne les porte pas boutonnées. J'aime aussi les pantalons élégants et les pantalons de survêtement vraiment brillants, métalliques. La texture est importante pour moi, l'imprimé animal aussi et tout ce qui me donne l'impression de porter de l'art. J'aime enfiler une petite 'marina', ou débardeur ou marcel. Je suis antillais, donc nous les avons toujours appelés 'marinas'. C'est l'un de mes looks préférés."

LE POUVOIR DES VÊTEMENTS
"Selon moi, la mode signifie : authenticité, expression et innovation. L'idée de pouvoir incarner tout ce que je crée dans mon esprit. C'est quelque chose de beau qui nous est retiré. Selon les termes sociétaux, je ne réponds pas aux critères de beauté. Loin de là. Je n'ai pas l'apparence d'une femme traditionnelle ni celle d'un homme traditionnel. Mais grâce à la mode, j'ai pu créer un espace où me sentir bien. Et quand je suis devenu cette personne, le monde de la mode m'a ouvert les bras. C'est une partie intégrante de mon expression et de mon moi. Et je pense que grâce à ça, ma vie s'en trouve enrichie."

"Défendre une cause mène toujours à un retour sur soi, sur la communauté et l'environnement."

5 MINUTES DE QUESTIONS

Le premier album que vous ayez acheté ?​
"​The Miseducation of Lauryn Hill​. Ce qui n'est pas surprenant. C'était mon premier et je me suis dit que je l'écouterai pour toujours, sans jamais m'en lasser."​

Que collectionnez-vous ?
"Je possède une immense collection de jouets pour chien. Ma chienne s'appelle Sula et adore détruire les peluches."

Si vous pouviez partager un message avec votre jeune alter ego, quel serait-il ?
"Ce serait l'idée très simple de Toni Morrison et Alice Walker : 'Tant que tu existes, tout est possible'."

 

Interview par Stuart Brumfitt
Photographe : Jack Davison
Styliste : Clare Richardson

Janaya Future Khan (@janayathefuture) porte notre collection Automne-Hiver 2021.


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